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L’or d’investissement se fractionne et passe à l’écran

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Onze millions d’euros de chiffre d’affaires en cent jours pour la Monnaie de Paris, dont près de 40 % sur une version dématérialisée. Deux nouveaux produits cotés sur l’argent physique chez WisdomTree. Le métal précieux se vend désormais par fractions, à des acheteurs qui n’en avaient jamais possédé.
 

Soixante-quatre pour cent de nouveaux clients. C’est le chiffre le plus parlant du bilan que la Monnaie de Paris a publié le 17 septembre, cent jours après le lancement de son Bullion à la Française sur le marché de l’or d’investissement. L’institution revendique 11 millions d’euros de chiffre d’affaires sur la période, avec une version dématérialisée, l’e-Marianne Or, qui pèse déjà près de 40 % des ventes.
 

Ces deux données décrivent le même mouvement. L’or d’investissement se vendait traditionnellement à des détenteurs déjà équipés, par lingots ou par pièces, avec un ticket d’entrée de plusieurs milliers d’euros et une question logistique à résoudre dès la transaction conclue : où le ranger, comment l’assurer, comment le revendre. La forme dématérialisée fait sauter les trois obstacles à la fois, et ouvre le marché à des acheteurs qui n’y seraient pas venus autrement.
 

La version physique et la version dématérialisée ne recouvrent pas la même opération. Acheter une pièce ou un lingot, c’est acquérir un objet dont on répond : il faut le stocker, l’assurer, le présenter à la revente et accepter l’écart entre le prix d’achat et le prix de rachat, qui varie selon le poids et la prime de la pièce. Acheter une part dématérialisée, c’est détenir un droit sur du métal conservé ailleurs, avec des frais de garde et une liquidité qui dépend de l’émetteur. Le second format est plus simple et plus fractionnable. Il suppose de regarder qui détient le métal et selon quelles garanties.
 

Le même mouvement sur l’argent
 

Le mouvement ne se limite pas à l’or ni à la France. Le 15 septembre, WisdomTree annonçait le lancement de deux nouveaux ETC, ces produits cotés adossés à une matière première, portant sur l’argent physique et couverts contre le risque de change, l’un en euro, l’autre en livre sterling. La couverture de change est le détail technique qui change l’exposition réelle : les métaux précieux se cotant en dollar, un investisseur européen sur un produit non couvert achète en même temps du métal et de la devise américaine, et peut voir un mouvement du dollar effacer une hausse du métal.
 

L’argent a par ailleurs une caractéristique que l’or n’a pas : une demande industrielle importante, notamment dans le photovoltaïque et l’électronique, qui ajoute un moteur de prix aux motifs financiers habituels. Cela le rend aussi plus volatil.
 

Cet engouement s’inscrit dans un contexte de placement particulier. Les décisions de politique monétaire se sont multipliées en quelques jours, avec une hausse de 25 points de base décidée par la Réserve fédérale américaine, un statu quo de la Banque d’Angleterre et une hausse de la Banque du Japon accompagnée d’un message volontairement flou sur la suite. Les économistes de PIMCO, de Mirabaud Asset Management, d’Aberdeen et de DWS ont publié dans la foulée des lectures divergentes de cette séquence, ce qui en dit assez sur sa lisibilité. Quand les banques centrales cessent d’aller dans la même direction, la prime accordée aux actifs sans émetteur augmente mécaniquement.
 

Un actif sans coupon, à fiscalité particulière
 

Il reste que l’or ne verse rien. Il ne produit ni loyer, ni coupon, ni dividende, et son détenteur supporte des frais de conservation s’il choisit la forme physique déléguée. La performance dépend entièrement du prix de revente, ce qui en fait un actif de diversification plutôt qu’un actif de rendement, et ce qui explique qu’il figure rarement pour plus de 5 à 10 % dans une allocation construite.
 

Sa fiscalité mérite également d’être connue avant l’achat. En France, la revente de métaux précieux relève soit de la taxe forfaitaire sur les objets précieux, soit, sur option et à condition de pouvoir justifier la date et le prix d’acquisition, du régime des plus-values sur biens meubles avec son abattement par année de détention. Le choix entre les deux régimes est souvent ce qui fait la différence sur la rentabilité finale, et il suppose d’avoir conservé sa facture.
 

Le marché, lui, ne s’embarrasse pas de ces considérations pour l’instant. Une institution vieille de plus de mille ans vient de réaliser 11 millions d’euros de chiffre d’affaires en cent jours, dont près de quatre sur un produit qui n’existe que sur un écran.